Quand le lobby du plastique se positionne en sauveur de l'humanité

Une étude sur le plastique qui ne plaît pas


Le coronavirus étant nouveau, on ne le connaît pas très bien. C'est pourquoi les scientifiques ont cherché à en savoir plus. Mi-février, tu as sûrement entendu parler des études qui ont révélé les surfaces sur lesquelles le virus reste actif. Le plastique et l'acier arrivent en tête : 3 à 9 jours. Mauvaise nouvelle pour l'industrie du plastique.


« Les sacs plastique sauvent des vies »


Si tu étais américain, tu aurais vu qu'aussitôt, un grand nombre d'articles d'opinion, financés par l'industrie des énergies fossiles, ont commencé à fleurir aux États-Unis. C'est Greenpeace USA qui nous le révèle dans son enquête. Chaque article accuse méthodiquement les sacs en tissu de pouvoir infecter tout un magasin et contaminer les employés qui les rempliraient en caisse. Une fois l'information suffisamment relayée par les lobbies traditionnels, la Plastics Industry Association, premier lobby du secteur outre-Atlantique, a affirmé fabriquer des produits qui « peuvent littéralement faire la différence entre la vie et la mort ».


Une crise sanitaire qui appelle pourtant à la retenue


La grave crise que nous traversons nécessite des mesures temporaires pour y faire face. C'est ainsi que, le 21 mars, le gouverneur du New Hampshire a banni provisoirement les sacs en tissu, suivie par la Californie. A San Francisco, il n'est plus possible d'amener en magasin ses propres sacs ou contenants réutilisables. Starbucks n'accepte plus les tasses apportées par ses clients. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Peu d'ONG s'opposent à ces mesures temporaires qui peuvent rassurer le consommateur car l'heure n'est pas à la polémique. C'est justement ce que d'autres mettent à profit.


Une crise aussitôt instrumentalisée par l'industrie du plastique


Revenons, si tu le veux bien, à la Plastics Industry Association. Le 18 mars, son président a écrit au secrétaire américain à la santé, Alex Azar. Le journal Le Monde nous rapporte son contenu. « Etude après étude, il a été démontré que les sacs réutilisables pouvaient transporter virus et bactéries », avant d'affirmer que « les plastiques à usage unique constituent bien souvent le choix le plus sûr ». Pour le salut des Américains, il appelle le ministre à « faire une déclaration publique sur les avantages en matière de santé et de sécurité des plastiques à usage unique », à « s’élever contre leur interdiction » et à calmer « l’empressement des écologistes et des élus à interdire ces produits, car ils mettent en danger les consommateurs et les travailleurs ».